Les arts anciens, traditionnels et contemporains en Afrique
Les arts visuels, ou arts "plastiques ou graphiques" en Afrique au Sud du Sahara auquel ce site est en grande partie consacré sont d'une grande variété. Ils incluent aussi bien la sculpture que l'architecture, les arts culinaires, les arts graphiques, les arts vestimentaires, le cinéma, le design, la littérature, la mode, la musique et la danse, la parure, la peinture, la photographie.
Terminologie
Les termes classificatoires de ces arts ne sont pas les mêmes pour tous les auteurs. Numibia a pris le parti de considérer comme :
art ancien les expressions artistiques antérieures au XVI siècle, c'est à dire avant le début des contacts massifs de l'Afrique avec l'Occident. Les objets témoins de ces expressions sont le plus souvent révélés par l'archéologie ;
art traditionnel les expressions artistiques liées aux traditions, aux us et coutumes tels qu'ils se manifestaient et continuent de se manifester dans les sociétés africaines ;
art contemporain les expressions artistiques prenant naissance après la Deuxième guerre mondiale (1945). Ces arts, à la différence des arts anciens et traditionnels, ne relèvent pas d'une fonction religieuse.Traits communs aux arts africains
Il existe, malgré tout, des traits communs à l'ensemble de la création artistique africaine : sa capacité à mettre en valeur l'idée que les cultures africaines se font de l'homme et de ses relations avec les autres et la nature. La sculpture prolonge le corps social et renvoie à un ancêtre dont on a entendu parler ou à un dieu que l'on n'a jamais vu. Elle ne sera jamais montrée en public sans les gestes "religieux" adéquats qui peuvent exiger un sacrifice d'animal ou une libation versée pour les dieux et l'ancêtre certes, mais aussi pour le public qui souvent fait corps avec la divinité et lui permet de s'exprimer pleinement. Il faut que cet art serve avant tout à apprivoiser les dieux, à éloigner la maladie et la mort. L'homme rêve d'éternité d'autant plus facilement qu'il pense que les morts ne sont pas morts et que toute la nature est un immense réservoir de possibilités laissées à sa manipulation et à son savoir faire.
Les artistes traditionnels africains sont formés, contrairement à toute apparence, dans des ateliers. Dans ces sociétés que l'on a crues primitives il existe une critique d'art exercée par les spécialistes et la réception d'une œuvre peut contribuer à consacrer un artiste ou à le marginaliser au point qu'il abandonne. C'est sur la base de ces ateliers que l'on est arrivé à répertorier les "centres de styles de la sculpture africaine" par exemple. L'existence de tels centres montre la grande variété des formes dans le même genre, et si nous avons pris l'exemple de la sculpture, c'est parce que c'est celui qui a le plus contribué à une mondialisation de l'art africain. Mais les africains ne sont pas que sculpteurs ; ils sont aussi bâtisseurs : les tata somba dans le nord du Bénin ou les mosquées de la civilisation soudanaise comme Tombouctou, Gao, Djenné en donnent une idée.
L'art africain, comme tout art, est universel, c'est-à-dire qu'il exprime les émotions et la vie des peuples africains au même titre que d'autres créations d'ailleurs. Mais cette universalité de l'art est fondé sur un langage spécifique qu'il convient parfois de connaître, l'universel demandant un ancrage dans le particulier pour pouvoir donner accès à la passerelle de communication et de dialogue. On ne comprendra vraiment l'art africain qu'en restant à l'écoute de ses préoccupations et de son souci d'être utile à ceux qui lui ont donné naissance.
L'ensemble de ce qui précède est valable aussi pour les arts contemporains qui, la plupart du temps, se situent en prolongement des arts traditionnels. L'art contemporain de la récupération que l'on retrouve partout en Afrique a eu des antécédents dans l'art ancien et traditionnel. Certes, les ruptures sont remarquables tant dans les thèmes abordés que dans la manière de les traiter. La peinture sur chevalet par exemple, est un genre nouveau et, si dans la plupart des pays africains le nombre de peintres grandit, c'est vraisemblablement parce que les contextes de vie ont évolué, que les mentalités ont évolué et quêtent une plus grande abstraction. Le tri-dimensionnel qui a toujours caractérisé l'expression sculpturale africaine s'empare toutefois souvent de ces peintures.
L'art africain bouge, de concert avec les autres arts du monde, à son rythme, saisi des mêmes frénésies, exprimant les mêmes incertitudes et inquiétudes, soucieux d'exprimer l'âme de l'homme dans ses moindres recoins. C'est aussi de cette manière qu'il sera vraiment universel sans jamais cesser d'être africain.
Sélection des pièces et des créateurs
Les pièces retenues sur ce site l'ont été à cause de leur importance pour une connaissance aussi profonde que possible des arts de l'Afrique. Elles l'ont été aussi à cause de leur appartenance à la région étudiée dont elle est un témoin précieux : toutes les créations anciennes et traditionnelles ne nous sont pas parvenues. De celles dont nous avons hérité, nous avons retenu les plus significatives.
Les artistes l'ont été aussi sur la base de leur notoriété, signe du travail réel qu'ils ont accompli pour se hisser au statut international qui est le leur aujourd'hui ; les années passant n'ont pas diminué leur créativité.
Conclusion
L'homme contemporain a raison de s'intéresser à l'art africain : c'est une partie de lui-même, non pas parce qu'il doit se souvenir de ce qu'il fut et que l'on a autrefois nommé primitif, mais parce que le retour aux sources permet toujours de mieux comprendre la force de cet art qui ne se dément pas, malgré le temps. Cet art fait désormais partie de notre imaginaire commun ; il est devenu le patrimoine universel de l'humanité qui peut s'enorgueillir d'avoir su préserver chez quelques-uns de ses fils, l'expression de l'essentiel.
Joseph Adandé