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| Origine : Ghana/Côte d'Ivoire, Bondoukou, Nafana | |
| Date : 19è siècle | Description : Voici un masque à la croisée des chemins de la spiritualité. Sculpté dans une seule pièce de bois, de forme quasi ovoïde, il nous présente un visage surmonté de deux cornes dont la partie centrale laisse apparaître un visage humain, percé de deux yeux et d'une bouche, coiffé de trois boules circulaires. La surface du masque est recouverte de motifs géométriques, essentiellement des triangles dont certains sont affrontés ; ils sont de différentes couleurs : rouge, blanc et noir. Leur juxtaposition brise la monotonie que l'objet aurait eu autrement. Le sculpteur a poussé la maîtrise jusqu'à concevoir une anse de préhension dont la forme est l'inverse de celle des cornes. En principe, notre masque est mâle ; il est supposé fonctionner avec un autre masque femelle. Il appartient à la société du Sakara-Bounou et illustre, d'après Bravmann, la complicité que les populations islamisées entretiennent en Afrique de l'Ouest avec les animistes. On le sait, l'Islam dans sa doctrine, interdit toute représentation de formes ayant trait au monde des esprits. On le dit "iconoclaste" en oubliant qu'il sait aussi s'adapter, dans des circonstances précises, au milieu et à ceux qui le pratiquent. Ce masque a été collecté à la fin du 19eme siècle par un anglais, Sir Cecil Armitage en mission d'exploration dans le nord du Ghana au moment ou l'on cherchait à délimiter les frontières entre le Ghana et les pays voisins. Bien d'autres serviteurs des colonies ont été témoins de sa présence ou de celle de masques semblables à cette époque. Au début du siècle il participait de la lutte contre les sorciers. Le pouvoir colonial, incapable de vérifier rationnellement de telles allégations, le fit disparaître sans pour autant supprimer la reconnaissance par les populations de l'esprit qui le soutendait. Le Nord du Ghana et de la Côte d'Ivoire tout en étant occupé par des populations du mande, était un lieu de coexistence de traditions animistes et islamiques. Les nouveaux convertis à l'islam n'ont jamais su renoncer totalement aux croyances et pratiques léguées par leurs pères. La disparition du masque n'a pas empêché que le culte principal, le Bedu continue de s'occuper de protection, de fécondité, de guérison des enfants et de protection contre toutes les calamités naturelles. A la croisée des chemins, lien entre des communautés de croyances différentes, ce masque traduit la tolérance des traditions et pratiques religieuses africaines. Il illustre aussi comment les mutations imposées de l'extérieur permettent aux groupes sociaux de trouver des formes de résistance pacifique. Enfin, ce masque qui ne peut fonctionner qu'en couple, rappelle la complémentarité des énergies de la création dans les cultures africaines où les divinités sont souvent mâles et femelles. Il va sans dire que ce masque se présente comme un bon instrument de contrôle social comme c'est souvent le cas dans la plupart des sociétés utilisatrices du masque.
J. A. |
| Matières : bois pigments | |
| Dimensions : h. 146 cm | |
| Localisation : The British Museum, Londres | |
| Inventaire : 1995.1.5 | |
| Bibliographie indicative : Underwood, 1952 ; Fagg, 1969 ; Bravmann, 1974 ; Bravmann, 1979 ; Phillips, 1996 | |
Photo : Heini Schneebeli, Londres | |